Les écosystèmes numériques représentent une opportunité majeure pour les PME françaises de se positionner stratégiquement dans l'économie de demain.
Publié le 2025-06-10 par Nathalie Lamborghini Dumas.
Les écosystèmes numériques ont permis l'émergence de nouveaux modèles économiques : une opportunité inédite de croissance et de compétitivité pour les PME.
La France possède un potentiel économique important et quasiment inexploité dans le domaine des écosystèmes numériques. Les petites et moyennes entreprises (PME) françaises ont toutes les cartes en main pour profiter de cette nouvelle économie et se développer de manière significative.
Les écosystèmes numériques sont en effet caractérisés par une multitude d'acteurs et d'interactions, offrant ainsi aux PME françaises de nombreuses opportunités de business.
Ainsi, les PME françaises ont-elles tout intérêt à se positionner sur cette économie en plein essor et à saisir les opportunités qui s'offrent à elles.
Pour cela, il est cependant nécessaire de bien comprendre les enjeux des écosystèmes numériques, et d'être prêt à repenser les bases-mêmes de la façon donc nous faisons du business depuis toujours.
1. Qu'est-ce qu'un écosystème numérique ?
Les écosystèmes commerciaux digitalisés - ou écosystèmes numériques - sont devenus incontournables au cours des dernières années, mais ils restent très mal compris ; ils sont de plus considérés, à tort, comme l'apanage des start-ups ou des géants du digital.
Grâce à la connectivité croissante, à l'adoption du cloud, à la production de données, et à l'avènement des plateformes, les entreprises peuvent désormais exploiter des ressources en dehors de leurs frontières organisationnelles ; et ce, y compris chez leurs concurrents, afin de créer et fournir des solutions, capturer ou créer de nouveaux marchés. Elles passent ainsi d'un rôle de participant (ou producteur) dans un écosystème, à un rôle d'orchestrateur d'un écosystème : de l'économie linéaire, à l'économie collaborative (ou économies de réseaux).
2. Une formidable opportunité, encore inexploitée par les PME
Cette économie des écosystèmes numériques n'est pas un détail : d'après le WEF, 30% des revenus mondiaux seront générés par des entreprises-plateformes d'ici 2025.
Elle n'est pas non plus un danger inévitable, mais une formidable opportunité de s'appuyer sur les capacités et actifs de nos PME, pour innover et rester compétitifs en Europe. Et ce, que ce soit dans le B2B, le B2C, G2C, etc.
3. L'Europe est en retard
Pourtant, tout reste à faire en Europe, en particulier sur les écosystèmes numériques à impact : les USA, l'Asie et la Fintech dominent pour le moment l'économie des plateformes dans le monde.
La bonne nouvelle, c'est que ce n'est pas une fatalité, et qu'au contraire, il est encore temps de se lancer dans la course.
4. Pourquoi les PME sont-elles particulièrement bien placées pour saisir ces opportunités ?
Les plateformes digitales ne sont pas des modèles réservés aux entreprises technologiques ou digitales, bien au contraire.
Mais encore faut-il bien en comprendre leurs mécanismes très particuliers, et éviter les raccourcis et amalgames dont souffre cette nouvelle économie : en effet, qui ne parle pas actuellement de plateforme ou d'écosystème, de marketplace, d'e-commerce ou de SaaS? Tous ces termes étant utilisés de manière interchangeable, à tort et à travers.
Raison 1 : mécanismes
Les écosystèmes numériques fonctionnent très différemment des modèles linéaires que l'on connait. Une entreprise-plateforme qui orchestre un écosystème numérique peut en effet créer de la valeur sur 4 niveaux : plus elle travaillera ces différents niveaux, plus elle sera compétitive, difficile à copier, et plus elle aura de flux de valeur à monétiser.
Les exemples ci-dessus sont des exemples B2C pour une bonne compréhension, mais la théorie des 4 couches est absolument identique sur le B2B, ou tout autre types de plateformes.
Travailler les 4 couches de création de valeur augmente donc la résilience, la compétitivité, le potentiel business et la croissance d'une entreprise-plateforme.
Pourtant, 94% des entreprises plateformes européennes n'en travaillent qu'une ou deux, le plus souvent la Marketplace ou le SaaS (Recherche menée en Europe sur 200+ plateformes par FastbreakOne en 2021). Ce qui est non seulement insuffisant, mais qui les rend sensibles à la concurrence ; il est aussi généralement difficile d'en tirer un Retour sur Investissement, car la couche "connections - marketplace" seule, est souvent compliquée à monétiser.
Hors, les PMEs disposent d'actifs immenses et sous-utilisés dans l'économie des plateformes. Ces actifs pourraient de fait servir les couches « data » et « infrastructure » : un avantage considérable dans cette économie des plateformes. Et j'entends « actifs » au sens large : qu'ils soient humains, physiques, financiers, immobiliers, IT, etc.
Raison 2 : nature des PME
La seconde raison qui place les PME devant les grands groupes et les start-ups en terme d'opportunités sur cette économie des écosystèmes est leur nature même :
Rapide glossaire
Conclusion : des barrières que l'on se met nous-mêmes
Au-delà des nombreuses erreurs d'interprétation sur les termes, les PME pensent qu'elles doivent complètement redéfinir leur domaine d'activité, et ce n'est pas vrai : on ne parle pas ici de transformation digitale, mais d'entrepreneuriat pour accélérer et protéger l'activité historique, et pour booster la croissance.
Il s'agit en effet d'augmenter (ou de créer) une part de revenus basée sur les transactions - en parallèle et en complémentarité de celle basée sur les ventes de produits ou de services.
En outre, les PME comparent la plupart du temps la création d'une plateforme à la création d'une ligne de produits : c'est pourtant très différent, et beaucoup plus proche de la création d'une nouvelle entreprise, destinée à collaborer avec le business historique. Le but est de créer un nouveau business model à côté du business modèle existant, en synergie et en accélération de l'historique.
Prenons par exemple la PME Hagedorn en Allemagne dans le domaine du chantier/construction : en 2006, M. Hagedorn fonde la PME familiale Gütersloher Wertstoffzentrum GmbH qui recycle les gravats de construction, puis la Erdbau- und -erschließungs GmbH pour le génie civil en octobre 2011. En 2013, la Revital GmbH se concentre sur la restructuration des friches industrielles. En 2016, le groupe Hagedorn lance une plateforme en ligne Brownfield24, qui met en relation les vendeurs et les repreneurs de friches industrielles et commerciales. Puis une autre plateforme appelée Schüttflix fut fondée en 2019 : grâce à leur connaissance marché opérationnelle, ils créent alors un service de qualité permettant la livraison de matériaux sur le bon chantier, au bon endroit, au bon moment, en bon état. Aujourd'hui, le groupe Hagedorn est une entreprise de plus de 500 employés avec 232M€ de CA. Elle s'appuie ainsi aussi bien sur des business model linéaires que des modèles de plateformes : une entreprise dite « ambidextre ».
En conclusion, l'Europe a de très belles cartes à jouer dans cette nouvelle économie des écosystèmes numériques grâce aux actifs et à la culture d'entrepreneuriat de son tissu de 22,6 millions de PMEs : une formidable occasion d'innover et profiter de cette nouvelle économie, mais également une opportunité pour soutenir et renforcer les PME européennes.